Redonner au consommateur, nous redonner le luxe de profiter de choses infiniment précieuses à l’investigation sociologique : c’est aussi ce que les nouvelles technologies nous permettent.
Temps vrai vs temps réel.
Le temps par exemple, qu’il devient possible de donner aux interviewés ou plutôt aux conversants. Pour exprimer leurs idées. Développer leur pensée. Se répondre en réseau comme ils le souhaitent. Redonner du temps vrai par opposition au temps réel, cette instantanéité illusoire qui est si loin du temps humain. Il fallait les nouvelles technologies pour retrouver le luxe, dans l’investigation sociologique, de se permettre des phases « terrain » de quinze jours. Des phases terrain suffisamment longues pour que « l’esprit d’escalier » disparaisse enfin, pour que chacune, chacun puisse être intelligent à son rythme.

Vive l’écrit.
Ces choses infiniment précieuses que le web 2.0 permet de redécouvrir à l’investigation sociologique, c’est aussi l’écrit. L’écrit, dont certains prédisaient la fin, et qui redevient au contraire un moyen d’expression irremplaçable pour celui qui a vraiment quelque chose à exprimer, que cela soit dans le langage de la rue ou celui appris dans les livres. Et qui va pouvoir discourir, argumenter, témoigner, convaincre, comme ceux à qui cela est donné tous les jours, dans les media ou leur activité professionnelle. Reconquérant ainsi un pouvoir d’expression sans équivalent depuis… Les cahiers de doléance de la Révolution ?

La solitude, heureusement que ça existe.
Infiniment précieuse encore, la quiétude de la solitude, qui associée à la protection de l’écran met le « conversant » en condition d’oublier le « pire » de l’autre – son regard, la pression qu’il fait peser, qu’il veuille ou non, sur sa parole – pour n’en garder que le « meilleur » – l’émulation de sa parole, la dynamique du collectif, le partage de l’expérience, tout ce qui permet à l’individu de ne pas se sentir observé ou interviewé, mais de se laisser aller à l’exintimité – un mot que nous avons inventé pour décrire ce processus d’exhibition de l’intimité qui n’est pas le moins du monde gratuit, sur nos blogs, mais constitue un moyen pour chacun d’explorer les recoins de sa vie, de ses désirs, de ses frustrations d’habitude négligés.

Liberté, liberté chérie.
Et puis enfin, et puis surtout, ce qui est précieux et que nous pouvons redonner au consommateur, grâce au web, c’est la liberté. La liberté de parole, bien sûr. Celle d’aller et de venir sur la Toile, dans la conversation, au gré de ses envies, de ses coups de gueule, comme on veut, quand on veut.

C’est dans tous ces sens différents que le web 2.0 permet de faire du vieux avec du neuf – du « bon vieux », du vieux collaboratif, convivial comme jamais, du vieux qui fait mieux avancer – avec du neuf – du neuf modeste, qui ne prétend surtout pas changer tout ce qu’il y a dans la vie et dans la tête de ceux qui l’utilisent. Simplement le libérer.











