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Plus nous travaillons avec les classes moyennes françaises, plus nous nous mettons à l’écoute des conversations des femmes, notamment, qui  forment le centre de gravité de notre société, plus une évidence apparaît : pour celles qui travaillent (80% des femmes en France), qui s’occupent aussi de la maison, surtout et enfin qui sont toujours en charge des courses et des repas, les 35 heures n’existent pas. 

Comment pourraient-elles en effet exister réellement pour les femmes, quand ce qui nous est décrit depuis deux ans sur ce sujet ne fait qu’empirer ? C’est une réalité à la fois triste et éclairante qui nous est donnée à voir dans leurs témoignages, parfois atterrés, souvent révoltés, d’une précision et d’une acuité toujours surprenantes : en 2009, en France, une femme de classe moyenne a souvent à son corps défendant un deuxième emploi non-rémunéré qui consiste à nourrir sa famille sans faire exploser les finances familiales.

Il n’est pas ici question de comptabiliser les minutes ou plutôt les heures qu’elles passent chaque jour à gérer ce « deuxième emploi » – encore que nous pourrions leur demander de le faire… Mais plutôt d’établir un constat humain, de résumer en quelques mots la réalité de ces Françaises des classes moyennes telles qu’elles la partagent avec nous :  entre le temps passé à éplucher les dépliants publicitaires de la distribution pour y trouver les promos intéressantes et imaginer les repas qui les exploitent au mieux nutritionnellement et financièrement, le temps passé à faire les courses dans plusieurs enseignes dont évidemment au moins une de hard-discount,  le temps passé à choisir les produits les moins chers en linéaire, le temps passé sur le marché pour marchander le kilo de tomates en fin de journée, ou le temps passé à cultiver soi-même ses plants pour épargner un peu de cash, le temps passé à faire la cuisine et à la congeler pour la stocker, le temps passé à faire son pain pour ne plus payer sa baguette 1,50 € (et pas pour faire « bobo »…), le temps passé à faire les gâteaux au lieu de les acheter… On peut légitimement penser que les 4 heures gagnées sur le temps de travail « officiel » des femmes salariées il y a dix ans sont largement épuisées en 2009.

Comme si le temps libre gagné, parce qu’il l’a presque toujours été pour ces femmes au prix d’une stagnation de leur revenu (« avec chouchou, ça fait neuf ans qu’on n’a pas été augmenté… »), n’avait justement pas été gagné mais acheté. Avec de l’intelligence. Avec de l’énergie. Avec du temps de travail caché. Drôle de paradoxe. Enfin, drôle… Pas pour celles à qui l’on avait vendu une avancée vers « la société de loisir »…